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UN TÉMOIN ESSENTIEL

Au début de la procédure, les requérants d’asile sont interrogés sur leurs motifs de fuite par des fonctionnaires de l’Office fédéral des migrations (ODM). Ces clarifications servent de base pour la décision de l’ODM relative à leur demande. La loi sur l’asile prévoit que ces auditions se déroulent (à quelques exceptions près) en présence d’un(e) représentante(e) d’une œuvre d’entraide (ROE). Le travail des quatre œuvres d’entraide reconnues est coordonné par l’Organisation suisse d’aide aux réfugiés OSAR. L’OSAR est en outre compétente pour la formation de base ou continue des ROE et procure aux œuvres d’entraide des informations sur le contexte général.

Les représentants des œuvres d’entraide jouent un rôle d’observateurs neutres durant les auditions. Ils peuvent demander, pendant l’audition principale, que des questions spécifiques soient posées aux requérants, formuler des objections ou encore solliciter une seconde audition ou d’autres éclaircissements. Le but est de garantir que l’audition s’est déroulée dans un climat serein et conforme à la procédure et que les requérants aient eu la possibilité d’exposer pleinement leurs motifs d’asile. Sans être leurs représentants juridiques, ils garantissent le déroulement équitable de la procédure.

En plus du ROE, les auditions se déroulent avec la participation des personnes suivantes: une personne de l’ODM, qui mène l’audition, un interprète et un procès-verbaliste. Le requérant d’asile peut s’y rendre avec un représentant juridique ou un accompagnateur. Tout mineur non accompagné (MNA) se voit attribuer en vue de la procédure d’asile un tuteur, un curateur ou tout au moins une personne de confiance familière du droit, qui prend part à l’audition.

Pendant l'audition, les requérants d’asile doivent évoquer en détail les motifs de leur demande d’asile. Les moyens de preuve (convocations par la police, jugements de tribunaux, certificats médicaux, photos, articles de presse, etc.) doivent être remis aux autorités. La personne qui mène l’audition pose des questions pour approfondir certains points ou pour dissiper les malentendus. Les déclarations des requérants d’asile sont consignées dans un procès-verbal. Le requérant doit ensuite approuver le procès-verbal en y apposant sa signature. Les ROE confirment aussi leur participation à l’audition. Toutes les personnes présentes à l’audition ont l’obligation de garder le secret à l’égard de tiers. Rien de ce que disent les requérants ne peut ainsi être communiqué aux autorités du pays de provenance.


FRANCINE, REPRÉSENTANTE DES OEUVRES D'ENTRAIDE 
“J'ai 53 ans et je vis à la Vallée de Joux dans un petit coin de paradis. Avant, je faisais des ménages pour arrondir les fins de mois. Une copine m’a dit que l'Entraide Protestante Suisse (EPER) engageait, contre rémunération, des gens pour assister aux auditions. Je m'étais toujours intéressée aux réfugiés et aux autres cultures, mais j'avais des soucis par rapport aux notions juridiques. Je n'avais jamais ouvert un bouquin là-dessus !

J’ai reçu une formation de base, des rudiments sur la loi sur l’asile, et hop, sur le terrain ! Alors, c'était une femme violée par un groupe d'hommes et qui a vu ses enfants mourir. Ou un Africain qui a vu toute sa famille se faire découper par des rebelles. Donc parfois, c'est dur, on sort et on est un peu marqué. Je dois dire que quand j'ai commencé, je ne m'attendais pas à ça ! Je ne pensais pas que ça pouvait être si dur!

J'apprécie quand un auditeur dit au début de l'audition : "Je vous souhaite la bienvenue chez nous, mettez-vous à l'aise.” J'aime beaucoup cette entrée en matière et je le lui dis. Ça détend l'atmosphère car beaucoup de requérants croient qu'on est des policiers et qu'ils vont subir un interrogatoire serré. Si on peut être un peu humain, la personne aura plus de facilité à parler de ce qui l'amène par chez nous.

Mon rôle, c’est avant tout d'observer l'audition, de savoir si le requérant est à l'aise, si l'auditeur ne lui met pas trop la pression, s’il ne lui fait pas dire des trucs qu'il n'avait pas envie de dire. Je peux intervenir, mais il faut être très diplomate et prendre des pincettes ! Pendant une pause, quand le requérant n'est pas là, j'essaie de parler avec l'auditeur. Mais il ne faut pas le vexer, parce que sinon, c'est foutu. 

Je peux être en désaccord avec un auditeur si j’ai l'impression qu'il y a dans un récit, parmi pas mal de mensonges, quelque chose à relever, des indices de persécution, par exemple. Je lui dis de ne pas passer à côté. L’essentiel est de prendre un moment à part pour en parler calmement. On a aussi un rôle d'apaisement s’il y a un conflit qui surgit entre l'auditeur et le requérant ou avec le traducteur. C'est vrai que ce n’est pas toujours évident.

Parfois quand le requérant a été torturé, qu’il nous montre ses séquelles, je me dis: "Purée, on est des privilégiés…". Mais quand je sens qu’il a de la peine à en parler parce qu'il est encore sous le choc, qu’il craque et qu’il se met à pleurer, alors il faut prendre un moment, aller chercher un verre d'eau. C'est là que notre rôle est très important. On a cette possibilité d'apaisement, de mettre une main sur l'épaule, échanger un regard pour qu’il comprenne qu'on est là avec lui.

Je me promène dans la nature et je respire un bon coup. Quelque part, il y a comme une culpabilité. C'est arrivé à lui, pas à moi. On est vraiment des chanceux. La situation de l’asile s’est vraiment durcie. Avant, on avait une clause de la loi qui disait: « en cas de détresse profonde ». Ça pouvait être un requérant traumatisé par la perte de sa famille, un viol ou la torture. Bien des personnes qui viennent demander l'asile n’en peuvent plus, ont besoin de soin, d’un permis provisoire pour souffler un peu et voir autre chose. Elles veulent qu’on les respecte et qu'on ne les juge pas. Cette clause n'existe plus et c'est bien dommage.”

 

 

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"Après une audition, il me faut un moment pour atterrir."